29 mars 2007
SUSPIRIA - Dario Argento
SUSPIRIA - Dario Argento - 1977
A Fribourg, une jeune ballerine américaine découvre que son académie de danse est un repaire de sorcières...
Même les plus basés seront scotchés à leur siège devant Suspiria. Car Dario Argento arrive à transfigurer un récit simple de magie noire et de sorcellerie
par une mise en scène digne de celle d'un véritable esthète. Il traite
l'image sans ne jamais rien laisser au hasard. Chaque détail a son
importance et tout est calculé. Tout est mis en scène, orchestré et
chorégraphié pour faire de Suspiria un monument de suspens, de gore
cruel à la limite de l'insupportable et d'esthétisme baroque parfois
sensuel.
Musique stridente, percussions, choeurs, cris, dès la sortie de l'aéroport qui forme le générique, Susy Banyon,
tout comme le spectateur, est déjà submergé dans une transe de terreur
qui rend chaque élément suspect : portes coulissantes de l'aéroport,
mauvaise volonté du chauffeur de taxi, forêt noire, éclairages, pluie
battante, bâtiment rouge de l'Académie, fuite d'une élève, refus de
Susy... Bref, outre le visuel, la musique à elle seule a déjà su créer
dès les premières secondes l'atmosphère unique de Suspiria. Sa place
prépondérante dans le film est aussi importante que le thème des Dents
de la Mer dans l'efficacité du film. Personnage, certes invisible mais
présent, la musique, avec ses hurlements effroyables, ses rythmes
particuliers, ses chants lyriques, ses gémissements et murmures,
revient aux moments les plus terrifiants. Composé par un groupe qui
s'appelle les Goblins ainsi que le metteur en scène, ce mélange hybride
de cris, d'hurlements, de sons a fait date dans l'Histoire du Cinéma
car en frôlant en grande partie l'insoutenable, cette musique
accablante et éprouvante a permit de distinguer le genre par
l'intensité avec laquelle on l'écoute.
Non seulement, la bande sonore parvient à diffuser une ambiance de
terreur mais cette entrée dans un conte de fées cauchemardesque se fait
bien évidemment par les images qui arrivent à créer du début à la fin
le climax du film d'horreur mais qui va, bien entendu, monter en
crescendo. Les décors d'une beauté dérangeante se basent sur l'ambiance
d'un rêve sans cohérence et cherchent à la recréer par sa géométrie, ses symétries
parfois suivies d'un plan décalé, et c'est cette juxtaposition qui tend
à donner cet aspect fondamental du film. Le style baroque du film
laisse place au délire et c'est dans ces décors rouges (le bâtiment de
l'Académie qui semble couler de sang) ou aux couleurs criardes qui
rappellent bien entendu le sang, la chair à vif, la mort et la violence
que vont se dérouler plusieurs meurtres atroces. La mise en scène et
ses longs travellings, ses plans hystériques, ses détails inquiétants,
ses effets gores, rendent les scènes encore plus suffocantes. Le visuel
réunit plusieurs ingrédients (cinéma, peinture, architecture avec ces
couloirs distordus presque expressionnistes, éclairages rougeoyants
bien avant ceux de Lynch, couleurs, etc) qui fusionnent pour donner cet
alliage qui émerveille autant qu'il terrifie.
Suspiria est un empilement d'effets chocs audiovisuels et de scènes cultes gores. Eventrée,
poignardée, pendue ou dévorée, les victimes connaissent tous une mort
délicatement calculée et mise en oeuvre qui ressemble presque à un
rituel. La caméra semble presque se plaire à filmer les visages
ensanglantés des cadavres de ces jeunes danseuses. Chef-d'oeuvre
baroque et d'angoisse, Suspiria est l'un des plus grands films d'horreur européen et du cinéma tout court. Les frissons y sont garantis.
Critique écrite par Clémentine le 5 novembre 2006