LE DIABLE PROBABLEMENT - Robert Bresson - 1977
EN PLEINE PERIODE NOIRE

750349138On retrouve le cadavre de Charles, vingt ans, deux balles dans la tête. Assassinat ou suicide ? Avec Michel, Alberte et quelques autres, il s'inquiétait du sort du monde, de la pollution, de la famine... Michel est militant écologiste mais Charles refuse l'engagement. Il ne voit d'autre que le suicide à l'antique dont lui parle un psychanalyste et qui, censé devoir l'aider, lui donne, sans le savoir, ironiquement "LA" solution...

«
- Qui est-ce donc qui s'amuse à tourner l'humanité en dérision ? Oui, qui est-ce qui nous manoeuvre en douce ?
- Le diable probablement !
»

« Ce qui m'a poussé à faire cette ½uvre, c'est le gâchis qu'on a fait de tout. C'est cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus. Cette agitation folle. Cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre. C'est aussi la stupéfiante indifférence des gens sauf de certains jeunes plus lucides » tels sont les propos de Robert Bresson qui permettent de mieux comprendre son avant-dernier film Le Diable Probablement. En effet, après sa grande période créatrice (Pickpocket, le Procès de Jeanne d'Arc, Au Hasard Balthazar, Mouchette...), Bresson se plonge dans une période d'une noirceur et d'un pessimisme absolus dont témoignent particulièrement ces deux derniers films, Le Diable Probablement et l'Argent qui sont tous deux, de violents réquisitoires envers la société industrielle française qui semble être à l'origine de la perte de la conscience morale de l'homme. Charles, héros bressonien type, être d'élite comme le personnage de Michel Lasalle de Pickpocket, est l'un de ses « jeunes plus lucides » dont parle Bresson dans sa citation plus haut. C'est d'ailleurs en ça que Le Diable Probablement se situe à la limite du christique car on peut voir la figure du Christ en Charles car il est tendu vers le futur, son héros dépasse le futur qui à travers le sacrifice, se mûe spirituellement. Les héros de Bresson ont toujours une passion qui cherche à ouvrir la voie de la liberté. Mais Le Diable Probablement figurant comme un réquisitoire envers la société, son héros ne peut trouver la voie de la liberté, si ce n'est peut-être par la mort, car le problème de Charles se trouve être le conflit entre le monde extérieur violent et l'intérieur de son esprit. Le monde extérieur de tous les films de Bresson semble empêcher la fabuleuse liberté de l'esprit. Le film parle de marxisme, d'écologie, de psychanalyse et de bien d'autres thèmes, de drogue, d'intégrisme, de pollution, bref de problèmes contemporains toujours approfondis mais surtout de la crise générationnelle à venir que Bresson qualifie de « vertige suicidaire de notre civilisation ». La caméra épouse la perception subjective de Charles et Bresson ne décrit jamais le monde extérieur pour décrire le monde extérieur, ni pour lui-même mais pour s'en servir comme cadre à l'évocation de l'évolution intérieure des personnages. Il évite toujours de décrire inutilement le monde extérieur, Bresson refuse ça et préfère aller à l'essentiel. C'est ça son espace-temps. La brièveté des plans et l'utilisation de nombreuses ellipses qui transportent le spectateur d'un point à un autre le démontrent. Le Diable Probablement n'est sans doute pas l'idéal pour découvrir Robert Bresson car difficile d'accès (d'ailleurs, ce film est assez complexe et ma critique vraiment pas terrible car je passe à côté de beaucoup de choses !) comme tous ces derniers films, à savoir Lancelot du Lac et l'Argent mais il s'avère être indispensable pour explorer davantage cet auteur. (Le film a été interdit aux moins de 18 ans car, soi-disant, il incitait au suicide !)

Critique écrite par Clémentine le 10 mars 2007