04 mars 2007
JULIETTE DES ESPRITS - Federio Fellini
JULIETTE DES ESPRITS - Federico Fellini - 1965
LE RESULTAT D'UNE RECHERCHE ESTHETIQUE VERS LE DELIRE
Giulietta est une femme bourgeoise qui vit aisément dans une riche demeure avec son mari et deux soubrettes. Ses parents et sa famille la distraient d'un univers aseptisé. Mais elle découvre que son mari, qu'elle aime naïvement, lui est infidèle. S'ouvre alors à elle un univers mental extraordinaire, dans lequel son esprit mêle rêve et réalité. On découvre en Giulietta non plus la bourgeoise conformiste, mais un être d'une extraordinaire richesse intérieure.
Lorsque l'on visionne les films de Fellini, on a dû mal à s'imaginer jusqu'à quel degré d'originalité et d'imagination pouvait atteindre la personnalité du cinéaste. Dans la Dolce Vita, le cinéaste se plaisait plutôt à décrire la Rome apocalyptique des années 1960, mais déjà à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Pour cela, il n'y a qu'à se remémorer la magistrale séquence de la Fontaine de Trévis où la féerie y est rendue crédible. Mais, c'est à partir de Juliette des Esprits que Fellini pousse cet aspect encore plus loin, avec une verve comique davantage plus prononcée. Juliette des Esprits est la symétrie de Huit 1/2 (sorte de journal intime du réalisateur même), puisque qu'il est lui aussi à son tour, le journal intime que le cinéaste écrit sur la pellicule, de Giuletta Masina, l'une des actrices fétiches de Fellini (la Strada) ainsi que sa femme même. Oeuvre unique dans la carrière de Fellini puisque frôlant avec le registre fantastique, il s'agit du film annonciateur des chef-d'oeuvres Fellini Roma et Armarcord. Fellini invite ses spectateurs à pénétrer dans son univers, qui est aussi celui de Juliette, une bourgeoise finalement non conformiste, ou plutôt, dans ses univers qu'il entremêle et fusionne. Il n'hésite pas à faire confondre le passé au présent, à rendre l'invisible visible. Il crée deux univers, celui du fantasme, du rêve et celui de la réalité, qu'ils entrechoquent sans arrêt pour n'en former plus qu'un : le sien, l'univers qui lui est propre, l'univers fellinien. Le monde visionnaire de son héroïne est peuplé de belles femmes italiennes bourgeoises qui voudraient l'entraîner dans une vie libertine et frivole, des personnages féminins typiquement felliniens aux gros seins et exubérants avec leurs costumes kitschs, leurs immenses chapeaux et leurs robes atypiques. Le cinéaste n'hésite pas à user de toutes les couleurs qu'il peut avoir sous la main, surtout qu'il s'agit de son premier film en couleurs alors, autant qu'il en profite pour finalement donner un technicolor splendide. Tout y est toujours excessif et exubérant, dans les couleurs et dans les formes, dans le jeu des personnages à la limite de la caricature et aux gueules souvent peu ordinaires, dans les situations où le fantasme et le rêve viennent hanter la réalité et le présent. Fellini démontre à nouveau qu'il est l'un des grands maîtres de la science des images et de ses couleurs car, Juliette des Esprits est, avant tout, un film pictural où les tableaux de l'imaginaire naïf de Juliette se succèdent par dizaine au son de la composition de Nino Rota. La mise en scène, d'une grande élégance, se conjugue toujours à ces tableaux oniriques d'une beauté fulgurante et qui, à nouveau encore, comme ce fût le cas pour les films précédents de Fellini (ainsi que pour ceux qui suivront Juliette des Esprits), éclatent la narration. De cette fantasmagorie, découlent l'atmosphère nostalgique qu'on retrouvera dans Armarcord ainsi que les dimensions mélancolique et féerique qui ne cesseront de se joindre tout au long de la carrière de Fellini. Certes, même s'il ne s'agit peut-être pas du meilleur film de Fellini, Juliette des Esprits reste appréciable pour son visuel et indispensable pour davantage apprécier et mieux connaître l'esprit du réalisateur. Il n'y avait vraiment que les italiens pour faire de tels films dans les années '60 et '70... !
Critique écrite par Clémentine le 3 mars 2007
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